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Marsactu, un pure player farouchement indépendant à Marseille

on ven, 10/21/2011 - 09:34

Par Julien Le Bot

Il est possible de rédiger 2 000 articles sans carte de presse. C'est un cas particulier - valable pour tout directeur de rédaction qui, au départ, n'aurait pas été journaliste professionnel. Pierre Boucaud, fondateur de Marsactu, n'en pas fort heureusement pas besoin pour avoir de la suite dans les idées.

C'est le "chemin inverse" qui l'a conduit jusqu'à Marsactu : là où des journalistes se mettent à monter leurs boîtes pour continuer de travailler en toute liberté, PIerre Boucaud a quitté le col blanc classique du cadre dirigeant pour fonder un titre de presse. Un "pure player", comme on dit, pour évoquer ces sites d'informations nés pour et sur la Toile. Après avoir travaillé dans le groupe Lagardère, il a d'abord travaillé dans les télévisions locales (dont LCM, à Marseille) avant de se décider à se lancer dans une aventure à proprement parler éditoriale. Depuis janvier 2010, il est donc aux commandes de Marsactu. Rencontre.    

Qu’est-ce qui, au départ, vous a motivé pour le lancement d’un site d’informations locales « pure player » comme  Marsactu ?

Je considère que le monopole détenu par la Presse quotidienne régionale (PQR) sur l’information locale est une anomalie. J’ai donc pensé qu’il était nécessaire de venir concurrencer cet acteur régional en situation de domination d’un marché – ce qui, je le répète, est absurde d’un point de vue citoyen et économique. Au-delà, et pour toutes sortes de raisons, l’Internet s’est avéré plus accessible que les autres supports pour venir concurrencer la PQR. L’opportunité était double : c’est moins d’investissement au départ, et j’ai pu travailler sur le marché publicitaire local.

Quelle a été la réaction de la PQR quand a débarqué Marsactu ?

Il y a d’abord eu de la condescendance, et de la curiosité, je crois. Ce qui est sûr, c’est que nous avons été observés.

Est-ce que votre arrivée a incité la PQR a modernisé son offre numérique ?

Je ne sais pas, en fait. Mais je pense qu’ils devraient effectivement investir sur le web, mais ce n’est pas leur priorité. D’ailleurs, l’hypothèse d’un rapprochement entre La Provence, Nice Matin et La Voix du Nord montre que la presse régionale en France continue de miser sur le papier. C’est nécessaire, pour ces maisons historiques, de travailler sur la base de l’existant. Ils ne peuvent pas déplacer aussi vite que nous leurs stratégies. Ils ne savent d’ailleurs pas encore comment gérer le web. Nous autres les « pure players », nous n’avons pas à travailler avec le poids du passé.

Les lecteurs marseillais vous ont-ils suivi sur le Web ?

Vous savez, les Marseillais sont comme tout le monde : ils ont envie d’avoir plusieurs sources d’informations. Ils voient que les producteurs d’informations locales se multiplient ; et dans le même temps, ils réclament plus d’indépendance, moins de formatage et d’institutionnel. La liberté de l’Internet, c’est aussi ça : on a plus de marge de manœuvre, on peut sortir des cadres traditionnels et rigides.

En termes de visites, ça donne quoi alors pour Marsactu ?

Une moyenne de 100 000 visiteurs uniques par mois environ. Un peu moins, peut-être. Mais nous montons parfois à 120 000. Ce sont des chiffres qui restent faibles si on les compare à la PQR, mais il ya quelque chose qui différencie notre audience : nos visiteurs sont à près tous des habitants de la métropole. Rien à voir avec La Provence qui glane des lecteurs à l’échelle de la région, parfois loin de Marseille. Par ailleurs, nous avons fait le choix de ne plus traiter de l’actualité de l’Olympique de Marseille (OM).      

Vous comptez monter en régime ?

Nous visons les 300 000 visiteurs uniques par mois fin 2012. Et nous comptons nous donner des moyens pour y arriver avec notamment une nouvelle version du site qui devrait arriver fin 2011. L’actualité qui devrait être chargée en 2012 (avec l’élection présidentielle et les législatives) pourrait également nous permettre de décoller.

Pensez-vous également étoffer vos équipes ?

Nous sommes trois actuellement. Je souhaiterais recruter deux à trois personnes, des journalistes plus précisément, pour nous aider à élargir notre offre.

Du point de vue du journalisme web à proprement parler, c'est-à-dire des contenus, vous avez des projets ?

On essaie déjà de mélanger les supports (texte, image, vidéo), comme tous les médias sur Internet. Et je suis de près tout ce qui  pourrait être fait du côté du datajournalisme.

Vous avez des exemples en tête de sites que vous aimez bien ?

Owni.fr, bien entendu, pour ce genre de journalisme. Mais j’aime également beaucoup Mediapart ou Rue89, avec qui nous avons signé des partenariats.

Qu’en est-il de votre modèle économique ?

Je pense que la publicité locale ne suffira pas. Les vieilles méthodes ne fonctionnent plus vraiment parce que les annonceurs ont des attentes qui évoluent. Il faut inventer autre chose pour monétiser les contenus qui, faut-il le rappeler, coûtent cher à produire.

Vous pensez à quoi ?

L’internet local, il faut que ça devienne un mélange de publicité et de commerce, je crois.  Je réfléchis par exemple à des modèles du type « achats groupés ». Groupon a bien montré qu’il existait de nouvelles manières de se développer. Ce modèle est d’ailleurs de plus en plus utilisé, notamment par la PQR.

Vous avez donc un projet sur les rails de ce côté-là ?

Nous allons lancer un site faisant office de service d’achats groupés à l’échelle locale. Mais contrairement à Groupon, ce sera plus éditorialisé et plus thématisé.      

Autrement dit, la publicité locale classique, ça ne suffit pas ?

Encore une fois, je m’intéresse de près à ces problématiques depuis longtemps et je crois qu’il faut vraiment trouver un moyen original pour valoriser ce qui, en l’état, peine à générer des revenus substantiels. Regardez Groupon, quoi qu’on en pense, c’est peu de risques, et pas mal de trafic.

Vous réfléchissez également à une autre solution qui pourrait réunir d’autres acteurs du web ?

Nous sommes plusieurs rédactions à vouloir essayer de mettre sur pieds un modèle qui s’inspirerait de ce qu’ont réussi à faire les radios locales sous la forme d’un GIE (groupement d’intérêt économique) avec les radios indépendantes (Les Indépendants). Pour mémoire, l’année dernière, ils ont eu un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros, tout de même. Je travaille notamment avec DijOnscOpe sur cette hypothèse qui pourrait nous permettre de lancer une régie commune. En agrégeant les audiences, nous devrions pouvoir démarcher de nouveaux annonceurs.  

Crédits photos : @Marc-Dupuy (Licence Creative Commons), et capture d'écran du site Marsactu.fr