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De la nécessité d'innover en permanence avec une télé locale

on mar, 10/18/2011 - 09:27

Par Julien Le Bot

On prête à Alain Peyrefitte, qui fut ministre de l’Information du général de Gaulle, ce mot : « La télévision, c'est le gouvernement dans la salle à manger de chaque Français. » Mais la télévision locale a-t-elle pu elle aussi trouver sa place ? Rencontre avec Olivier Zanetta.

Au bout d’une information, tout est affaire de tuyaux et de canaux. Le journaliste Olivier Zanetta n’a qu’un mot à la bouche : « l’information locale ». Que ce soit à la radio, sur le papier, ou sur un plateau, ce qui compte, c’est ce que le journaliste est en mesure de rapporter à son public. Point. Olivier Zanetta a exercé son métier, depuis 1991, sur tous les supports : de Radio Enghien à Libération en passant par la Télévision du Val d’Oise, il a toujours milité en faveur d’une information locale libre. Ce qui ne veut pas dire que la partie est facile : en locale, la contrepartie de cette liberté (chérie mais fragile), c’est un combat sans cesse renouvelé. Au service du public. Rencontre pour le blog de Yakwala.

La première question qu’on est en droit de se poser quand on suit votre parcours, c’est pourquoi cet engagement permanent sur le terrain de l’information locale ?

C’est simple : souvent, c’est la première expérience d’un journaliste qui décide de la suite de son parcours. Dans mon cas, tout a commencé à Enghien. Ensuite, j’ai très vite compris quelle était la liberté, souvent méconnue, du journaliste en locale : là où, à l’échelle nationale, la dépêche AFP, c’est la Bible, il n’est pas rare que le reporter de terrain sorte son information avant les autres. Au-delà, c’est vrai que c’est un métier qui vous fait connaître votre territoire : vous rencontrez des personnalités, des chefs d’entreprises, des universitaires, des acteurs sociaux engagés.

Pensez-vous que cette liberté existe toujours alors que l’économie des médias est fragilisée ?

Bien entendu. Et même, j’irai jusqu’à dire que l’Internet, qui implique une plus grande implication des lecteurs dans la fabrique de l’information, permet de préserver une relation de confiance. D’ailleurs, j’estime que la possibilité de commenter est une chance pour les journalistes. Nous devons travailler en bonne intelligence avec notre public.

Vous travaillez depuis des années sur des projets audiovisuels dans le Val d’Oise (en particulier avec VOtv). Comment définir, dans les grandes lignes, la mission d’une télévision locale ?

Une télévision locale se doit d’essayer de refléter le quotidien d’un territoire donné. Et ça passe par l’expression de ses habitants, et par le débat.

Vous avez été dès 1997 engagé sur le terrain de l’information TV sur Internet (avec CanalWeb notamment) : le web n’est-il pas alors l’ADN idéal pour ce type d’information ouverte, polyphonique ?

Bien évidemment. Et ça va au-delà de la question de la mise en place d’une web-TV – de la diffusion de programmes sur le web, comme on l’a fait au départ. Il s’agit de penser la coexistence d’informations sur différents supports : on doit pouvoir utiliser du texte, de la vidéo, ou des sons pour dire ce qui se joue sur le terrain de reportage.

Précisément, pouvez-vous nous parler de VOtv, de sa naissance, de ses difficultés, de ses projets ?

Tout a commencé en 2002. Cette télé  est née dans un sursaut de militantisme. J’étais fatigué de voir la façon dont était traité, à l’époque, l’information locale en région parisienne par les télévisions nationales. Ici, l’information locale n’est pas la même que dans des villes de province comme Rennes ou Dijon où les territoires n’ont pas la même histoire. Il faut se rappeler que les seuls reportages que vous trouviez  sur la région parisienne, c’était pour évoquer des violences urbaines ou pour des sujets anecdotiques (du genre : on fait aussi du miel dans le Val d’Oise)…

D’où votre envie de réagir avec une TV locale ?

En effet, pour mieux corriger le tir et offrir un reflet plus fidèle de la réalité locale. D’autant plus qu’à l’époque, c’était le début de la Télévision numérique terrestre (TNT). On nous a fait croire qu’il y avait de la place pour tout le monde. En réalité, on s‘est mis le doigt dans l’œil. Nous avons pu émettre 9 mois environ, puis nous avons perdu notre autorisation du CSA au profit de chaînes nationales…  Et nous n’y sommes toujours pas revenus !

Cet engagement pour une TV locale s’est donc traduit par un certain nombre de difficultés pour ancrer votre travail sur le Val d’Oise : comment avez-vous procédé pour continuer ?

On a été imaginatif. Nous ne voulions pas baisser les bras, donc nous n’avions pas le choix. On s’est d’abord lancé sur les nouveaux médias avec le site VOnews.fr en ayant un objectif en tête : permettre à la TV de continuer son travail.  Ensuite, nous avons cherché d’autres télévisions locales pour réussir à nous installer dans les bouquets de chaînes de CanalSat pendant quelques temps. Mais cette option s’est vite révélée trop coûteuse. Pour continuer en partenariat avec d’autres télévisions locales, nous avons aussi créé la plateforme en ligne Telif. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur ce qu’on appelle l’affichage dynamique : il s’agit de tous ses écrans visibles dans des lieux publics. Bref, c’est difficile d’être exhaustif, parce qu’il faut toujours déployer de gros efforts d’adaptation aux évolutions pour rester accessible.

Pourriez-vous nous donner une idée de la fréquentation du site VOnews.fr ?

Il faut compter entre 100 000 et 200 000 visiteurs uniques par mois. Les pics d’audience ont leiu à l’occasion des élections locales, comme on peut s’y attendre.

Est-ce que cela signifie que vous vous concentrez sur le web ?

Non, nous continuons à chercher à obtenir un accès à la TNT régionale. Mais nous trvaillns sur une nouvelle version du site VOnews.

Quelles sont les rubriques et informations plébiscitées sur le site VOnews ?

C’est assez simple : vous avez l’actualité politique, les informations pratiques, le sport, et tout ce qui concerne les sorties en région.

Avez-vous recours à la géolocalisation ?

Pas assez ! Nous avons tendance à rester imprécis, quand nous postons des informations  locales sur le web. Nous réfléchissons à tout ça : nous avons envie de mieux indexer les informations, de mettre des itinéraires…  A une époque où l’Internet en mobilité se développe, il faut que nous l’information locale soit d’autant plus précise et accessible.     

Crédits photos : @.reid. (Licence Creative Commons), et capture d'écran du site VOnews.fr