Skip directly to content

De l'art de fabriquer de l'info locale selon le75020.fr

on jeu, 10/13/2011 - 07:44

Par Julien Le Bot

Par gros temps, mieux vaut voguer sur un solide radeau. Mais quand le zef numérique bouscule tout sans partage, c’est bidouille à gogo et zodiac improvisé pour tous. En lançant le75020.fr et le75011.fr, Gilles Darbord a réussi à trouver une voie. Rencontre.

Gilles Darbord est un journaliste en route pour la trentaine. Diplômé du CFPJ au terme d’un parcours en alternance dans la presse professionnelle, il a très vite compris que le paysage avait bien changé par rapport à celui qui avait accueilli ses aînés, il y a quelques années encore. Partir la fleur au fusil en reportage (à ses frais) pour ensuite équilibrer ses comptes, ce n’est pas (ou plus de saison). « Nous n’avons plus de budget piges » ou « je regrette, on ne travaille qu’avec nos pigistes habituels » : mieux vaut, devant ces ritournelles décourageantes, prendre le taureau par les cornes.

Le75020.fr est donc parti d’une envie : ne pas baisser les bras malgré la morosité du contexte économique ?

En chinois, l’idéogramme correspondant au mot « crise » signifie également « opportunité ». Je me suis lancé, avec mon colocataire Alexandre Dubuisson, pendant l’été 2009 après avoir constaté que rien d’intéressant ne se présentait à moi. Le75020.fr est une association partie de rien ou presque : j’étais alors le seul rédacteur, et Alexandre Dubuisson s’occupait de tout l’aspect technique.

Et vous avez commencé à élargir le cercle des contributeurs ?          

Ce sont d’abord des amis journalistes, notamment du CFPJ, qui ont accepté de nous prêter main forte en travaillant bénévolement. Pendant six mois, comme ça, on a réussi à tourner avec des sujets où chacun était autonome. Les rédacteurs bossaient de chez eux, sans trop de contraintes. Les articles étaient publiés au gré des envies des uns et des autres.

Peu à peu, le75020.fr s’est structuré ?

Oui, on a d’abord pu profiter d’un local dans le squat de la Petite Roquette, rue Saint-Maur. J’ai alors recruté des stagiaires (dans les écoles de journalisme, le plus souvent) pour fixer une ligne éditoriale sur l’information locale et donner un peu de cohérence au site. On a continué comme ça quelques temps, avant de procéder à des embauches sous la forme de contrats aidés (CAE) à temps partiel, et de commencer à pouvoir payer quelques piges. On ne pouvait décemment pas continuer sans rétribuer les collaborateurs de la rédaction. D’autant plus que l’information locale réclame une forme de disponibilité, vu le nombre d’évènements organisés en soirée ou le week-end.    

Quelque part, vous avez eu une montée en régime pragmatique pour tenter de trouver un modèle économique ?

Je ne sais pas si on a réussi à stabiliser nos sources de revenus, mais nous réussissons à payer nos charges. Grosso modo, on ne perd pas d’argent. La quasi-totalité de nos revenus, c’est la création de sites Internet, la gestion d’espaces publicitaires sur des sites tiers. Enfin, à titre personnel, je donne des cours au CFPJ – notamment en écriture pour le web, ou en montage audio sur des diaporamas. Quant à Alexandre Dubuisson, il travaille à temps plein à côté du site. Son engagement dans le75020.fr, c’est une affaire personnelle. Autrement dit, nous n’avons pas fait le choix effectué par d’autres, comme DijonScope, formidablement piloté par Sabine Torres, qui a choisi de se structurer de manière plus contraignante, avec des charges plus importantes.

Qu’est-ce qui a motivé vos choix ?

A l’époque où nous nous sommes lancés, le marché de la publicité en ligne n’était pas mûr. C’est la principale raison de notre « diversification », finalement.

Et maintenant ?

On essaie de se développer : nous avons le75011.fr, bien sûr, et nous souhaitons élargir, d’ici fin 2012, notre offre à deux autres arrondissements de Paris.

Pourtant, il existe d’autres « pure players locaux » à Paris : y’a-t-il de la place pour tous ?

Nous sommes en discussion avec Philippe Bordier, un ancien journaliste de Ouest-France, qui a lancé les sites dixhuitinfo et dixneufinfo, pour proposer une couverture commune, sous l’angle local, de la présidentielle de 2012. Histoire de donner un ancrage local à ce scrutin national.

Il s’agit de mutualiser ce qui peut l’être ?

Oui, et nous envisageons de travailler ensemble pour tout ce qui est revenus publicitaires. Nous souhaitons démarcher les franchises nationales et les  petits commerçants, qui sont encore assez frileux, pour les attirer sur nos sites en disant que la publicité sur Internet est désormais plus intéressante que celle qu’on publie sur papier, dans les journaux locaux. 

Crédits photo : @Enzbang (Licence Creative Commons), et capture d'écran du site le75020.fr.