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Un blog d'info @ Ménilmontant, mais oui madame !

on ven, 10/14/2011 - 09:34

Par Julien Le Bot

Il est connu, sur Twitter, sous ce nom : @Menimuche. Fabien, de son (pré-)nom, est depuis bientôt cinq ans (l’anniversaire approche) aux commandes du blog « Ménilmontant, mais oui madame ». Rencontre avec un flâneur de l’Est parisien.

« Je fais un peu comme je veux. » Variation @Menilmuche sur le thème du « fays ce que voudras ». « Ménilmontant, mais oui madame », c’est un voyage assez personnel sur un territoire que le blogueur  connaît bien. Qu’il arpente depuis longtemps. « Je suis vieux, j’approche des 50 ans ». Vu comme ça, forcément. Pourtant, sur le blog affleurent une énergie, un regard, et une mine d’informations. L'autobiographie de l’auteur de ce blog bien connu en donnerait-elle la raison ? Journaliste, voyageur, et parisien. Tout est peut-être là, entre les lignes.

Comment travaillez-vous ? Qu’est-ce qui vous décide à écrire (ou pas) sur un sujet particulier ?

Je n’en sais rien. J’y vais comme ça, comme je le sens. Ensuite, sur la façon d’écrire, ça dépend, mais j’essaie de ne pas faire comme tout le monde. Pour ajouter quelque chose. Par exemple, quand il y a eu l’incendie de Ménimontant, en avril 2011, je ne l’ai pas su tout de suite. Ce soir là, et c’est rare, je dormais quand c’est arrivé. Je n’ai rien entendu, pas même les pompiers. C’est le lendemain que j’ai eu des SMS, des messages me demandant ce que j’avais comme informations. Sur le moment, rien. Si ce n’est que je connaissais le dossier.  

C’est votre connaissance du quartier qui vous a permis de prendre du recul ?

Oui, en quelque sorte. J’ai voulu me procurer des images pour parler de cet incendie. Des difficultés que rencontraient les pompiers pour ce feu. C’était évident que ça devait arriver, dans cette Cité du labyrinthe. J’ai passé deux ou trois coups de fils, et j’ai un copain qui m’a proposé ses photos. Elles permettaient de bien expliquer ce qui s’était passé. Je me suis appuyé sur ça et sur la réaction des politiques pour publier mon billet.

Que vous avez titré en reprenant les propos de Nathalie Kosciusko-Morizet ?

Elle a déclaré le matin même, sur Europe 1, que c’était « effroyable ». C’était juste, et il n’y avait pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour trouver ça. Mais j’ai eu envie de la citer pour dire qu’évidemment, c’était "effroyable". Sauf que c’était prévisible. J’ai expliqué pourquoi. Parce que je connaissais bien le quartier, les problèmes qui se posaient en termes de sécurisation des lieux. Même les journalistes du Parisien, ils n’avaient pas toutes ces informations.

Rétropédalons alors sur ce qui vous a poussé à créer un blog d’informations locales : comment ça s’est passé ?   

Par hasard. C’était en octobre, il y a cinq ans. J’avais Internet depuis relativement peu de temps, et un matin, après un pépin de santé, j’ai eu envie de m’activer. Je savais qu’il fallait que je me bouge.

Et vous avez lancé le blog dans la foulée ?

C’est presque malencontreusement que je l’ai lancé. J’ai appuyé sur « créer », j’ai trouvé les trois couleurs proposées moches, entre le vert Europe Ecologie, le bleu UMP, et le rose socialiste. Mais c’était le moins moche, le rose, alors c’est ce que j’ai choisi.  Ensuite, j’ai commencé à écrire des articles. Avec beaucoup d’autocitation, du reste, comme de nombreux journalistes le font. Et puis Internet, c’est pratique pour ceux qui n’ont pas de mémoire : j’utilise des liens cliquables. Au fur et à mesure, ça donne du sens.

Votre suivi de l’actualité est-il « structuré » - comme il peut l’être dans une rédaction ?

Surtout pas. Je ne sais jamais quand je vais poster un article. Je publie quand j’ai quelque chose, en fait.

Et vous avez une idée du nombre de lecteurs du blog ?

Je dirais 500, en moyenne, au quotidien. Je sui monté jusqu’à 1200 pendant l’été 2008, à une époque où il y avait moins de blogueurs. Et honnêtement, il y a très peu de blogs d’informations. Il y a beaucoup de blogs militants, ou de blogs de photos, ou de blogs personnels. Mais en termes d’actualités, finalement, on est peu nombreux. Il y a par exemple le Belleville Blog, qui a bien marché. Mais il a dû fermer. Après, autour de la présidentielle de 2007, il y a eu une floraison de blogs hyperpolitisés, mais ça n’avait pas d’intérêt. C’est rare, l’information locale, la vraie.

Vous avez un modèle économique pour votre blog ?

Ce n’est pas une source de revenus.

Et vous concevez comment la place de votre blog dans l’espace public ?

Ce n’est pas un outil de pouvoir ni de contre-pouvoir. Ce n’est même pas nécessairement une source de plaisir ; c’est d’abord une série de contraintes. Quand je ne publie pas, mes proches s’inquiètent. On m’appelle.

Vous avez quand même des rubriques qui vous permettent de sortir de l’information brute ?    

Oui, il y a des rubriques qui mettent de l'humeur, par exemple. Mais au-delà, j’ai envie d’aller écrire sur ce qui ne se dit pas. Evoquer ce que ne disent pas les autres. On parle souvent des riches ; eh bien moi, je raconte ce qui arrive aux pauvres. En quelque sorte.

Et vous avez des centres d’intérêts ?

Je m’intéresse beaucoup aux affaires de police te de justice, oui. Ensuite, à titre personnel, j’ai beaucoup travaillé sur l’affaire Guy André-Kieffer.

Vous animez deux autres blogs, « 7ici que ça se passe » et « Ménilmontant Solidarités », depuis un an environ. D’autres projets dans les tuyaux ?  

J’hésite à lancer un quatrième blog, qui serait centré autour de la photo parce que j’ai du matériel, maintenant, qui pourrait me permettre de le faire. Et puis, mais je ne veux pas en dire trop pour l’instant, on discute, avec Gambetta-Village, de ce qu’on pourrait faire ensemble. Pour l’instant, on ne fait pas la même chose. On pourrait élargir le territoire qu’on couvre, et lancer de nouvelles pistes de travail. Mais rien n’est fait. C’est en discussion.   

Au fond, vous êtes connu de tout le monde maintenant ?

Non, j’ai environ 4 000 followers ("abonnés", ndlr) sur Twitter, mais je dois en connaître peut-être 10% IRL (« In Real Life », dans la vie de tous les jours), comme on dit. Beaucoup de gens viennent vers moi, et on se rencontre plus tard. Un peu au hasard, finalement.      

Crédits photos : @iderectori (Licence Creative Commons), et capture d'écran du blog "Ménilmontant, mais oui madame".