Skip directly to content

"Street Press" : Itinéraire d'un pure player tournant à ciel ouvert

on mar, 01/31/2012 - 13:05

Par Julien Le Bot

Street Press se présente comme une rédaction ouverte (à toutes les expériences), dansant en funambule sur un fil tendu entre le foutraque et la dolce vita. En réalité, c’est une maison bien pensée, qui se développe peu à peu et pense qu’il est possible (et même souhaitable) de partager son savoir(-faire) pour mieux continuer de faire savoir (ceci, cela, fonction des circonstances et de l’actualité). Entretien avec Johan Weisz.        

Street Press n’est pas à la rue, loin de là. Elle est même bien installée, dans une bâtisse en brique qui, pendant des années, a servi de maison de travail pour les éclusiers du Quai de la Loire (dans le XIXe arrondissement), dans le nord-est parisien. Au lieu de laisser l’endroit dépérir (puisque plus personne n’y vivait), l’équipe de Street Press a proposé d’occuper les lieux pour officier. Ce qui fut fait. Johan Weisz est l’un des trois fondateurs ayant eu envie de s’investir dans une telle aventure. Street Press n’est pas une association tournant à fonds (publics) perdus ; c’est une rédaction qui a eu envie de structurer sa pratique et de construire son modèle. Avec ses compères Robin D’Angelo et Mike Torrance, Johan Weisz a donc su récolter des soutiens et des fonds pour se lancer (en décembre 2009). Et depuis, Street Press n’en finit plus d’avancer. Entretien, à quelques minutes de la conférence de rédaction hebdomadaire, avec Johan Weisz dans « THE salle de rédaction ».

Street Press, résumé en mode « pitch » – puisque c’est finalement uns start-up -, c’est quoi ?         

Au départ, il y a eu une envie et un besoin. Le besoin, c’était de réussir à formuler une offre généraliste pour les jeunes adultes sur la Toile. Et l’envie, c’était d’utiliser le potentiel des nouveaux médias pour ouvrir les techniques du journalisme et les partager avec le public intéressé.

Précisément, il y a dans votre projet une ambition : transmettre des informations et des techniques, n’est-ce pas ?

En effet. Au départ, on a voulu dépasser le problème de la défiance largement partagée par le public à l’égard de ce qu’on a appelé les « élites médiatiques » en montrant le cycle de production de contenus. L’idée, c’est bien que ces techniques de publication en sont pas la propriété exclusive d’un groupe : Street Press souhaite donc initier ceux qui le souhaitent aux méthodes journalistiques. Pour qu’ils puissent le refaire s’ils le souhaitent, ou tout simplement pour qu’ils s’approprient les contraintes de ce métier.

Partant de là, quelle a été votre méthode pour mettre Street Press sur les rails ?

Quand on a un tel projet, il faut d’abord réunir les bonnes personnes – c’est-à-dire celles qui partagent votre vision et ont envie de s’investir. Ensuite, il faut réfléchir au circuit de production des contenus : comment fait-on ? De quoi a-t-on besoin ? Quelles contraintes ? Quelles charges ? Ensuite, il a fallu trouver la technologie adaptée. Enfin, il faut trouver des financements pour démarrer.

Comment ce montage s’est-il donc réalisé ?

Nous sommes partis à trois, avec des conférences hebdomadaires ouvertes au public (plus ou moins présent à chaque fois). Ensuite, on a adopté une approche artisanale pour la technologie puisqu’on est parti de zéro avec un très bon directeur artistique. Enfin, on a emprunté 5 000 euros à la banque pour commencer.             

Le nerf de la guerre, nous y venons. Quel est votre modèle économique ?

L’idée, c’était de monter un projet basé sur un mode dit « d’entrepreneuriat social ». Autrement dit, nous ne voulions pas dépendre de subventions. Il a donc fallu monter un modèle économique nous permettant de rester autonomes. Nous avons donc trois sources de revenus : il y a d’abord la monétisation de notre audience (par la publicité). Ensuite, et en amont de ça, nous avons voulu répondre à la demande en matière de formations et d’initiations à l’endroit d’adultes qui, sans ça, n’oseraient pas se lancer. Nous organisons donc des semaines de formations qui sont proposées en partenariat avec des collectivités locales (d’Ile-de-France). Ce sont donc des prestations vendues par Street Press. En 2011, nous avons par exemple organisé 11 semaines de cours.

Et votre dernière source de revenus ?

Nous sommes régulièrement sollicités par des collectivités et des institutions pour fabriquer périodiquement des contenus contre abonnement. Souvent, nous envoyons de jeunes reporters qui ont été formés par les équipes de Street Press : l’objectif, c’est donc de leur permettre de se faire leurs premières expériences professionnelles tout en gardant le ton que nous essayons de conserver, et nous partageons les revenus avec eux. C’est donc du reportage institutionnel sur des thématiques prédéterminées : concerts, évènements culturels ou sociaux, etc.

Vous êtes depuis quelques semaines installés dans ces nouveaux locaux (quai de la Loire) : est-ce à dire que vous êtes lancés ? Que le modèle économique est validé ?

Disons qu’on a fait la démonstration de la viabilité de ce modèle. Maintenant, il faut qu’on se développe. Nous venons procédons en ce moment à trois recrutements en quatre mois (sur fonds propres), et nous travaillons en parallèle sur un projet de levée de fonds pour augmenter la cadence et nos moyens. Nous sommes d’ailleurs lauréat du réseau « Entreprendre Paris » : nous allons donc être accompagné, dans les mois qui viennent, pour nous aider à structurer ces pistes de développements.  

A cet égard, que souhaitez-vous développer ?

D’abord, élargir notre audience autant que possible. Il faut par ailleurs consolider le volet commercial pour être en mesure de continuer de nous ouvrir sans avoir à aller chercher ailleurs des moyens dont nous avons besoin. Enfin, nous réfléchissons  de nouvelles offres de formation. Au fond, tout est lié.

Vous êtes donc confiant ?

Les modèles économiques, dans les médias, sont à la fois fragiles et complexes : nous travaillons beaucoup, nous sommes une sorte de start-up, mais nous avons bien conscience que rien n’est acquis. Cela dit, on sait qu’il faut du temps pour s’installer, nous y croyons, alors on y va !

Au fond, quel est à vos yeux le B-A.BA à connaître pour qui veut (se) lancer ?

A mon avis, dans les médias, le modèle économique découle avant tout du public que l’on vise. Après, il y a deux options : soit l’audience existe déjà, soit il faut la construire. Mais c’est bien en partant de son public que l’on peut déterminer le meilleur moyen de construire son plan de développement.             

Crédits : @Urbamedia (Licence Creative Commons)