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Quand l'information locale se réinvente à Rouen

on lun, 10/10/2011 - 14:52

Par Julien Le Bot

Le site d’information du Grand Rouen est en orbite sur Internet depuis 7 jours maintenant : le moment est idoine pour partir à la rencontre de son fondateur, Sébastien Bailly.

C’est toujours, peu ou prou, la même histoire. Tout commence avec le papier, comme si nulle autre voie n’était envisageable, et tout finit par arriver sur la Toile, comme si tout devait basculer. Sébastien Bailly n’y a pas échappé : après avoir fait ses premières armes en signant dans des titres nationaux (dont Télérama et Libération), dans la presse professionnelle (informatique), et après avoir commis quelques bons vieux livres (chez Eyrolles), il a obliqué plein pot sur le journalisme Internet en 2005. Depuis, Sébastien Bailly n’a pas arrêté de creuser le sillon numérique : formateur pour le CFJ, blogueur rouennais (re-)connu, il a pris pendant trois ans la barre du site Internet du Paris-Normandie avant de lancer, le 3 octobre dernier, le Grand Rouen. Rencontre avec un adepte du journalisme tel qu’on ne le connaît (peut-être) pas encore, y compris à l’échelle locale.

Comme tout le monde, rien ne semblait devoir vous prédisposer à travailler sur et avec Internet. Comment vous est venue votre envie de vous spécialiser dans le journalisme web ?

C’est une longue histoire. J’ai eu l’occasion, dans le cadre des cours que je dispensais au CFJ, de lancer un blog local, à Rouen, pour tester quelques unes de mes intuitions. Au fond, j’avais besoin d’un laboratoire avant de pouvoir enseigner et c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé. Je me suis mis à y consacrer régulièrement, parallèlement à mon travail, 1h30 par jour environ. Avec le temps, c’est devenu un petit succès. Ce qui m’a permis de rejoindre, un peu plus tard, le site du Paris Normandie.

Vous avez eu, au sein de cette rédaction, l’occasion d’apprécier les bouleversements imposés à la presse quotidienne régionale par l’évolution des usages et des technologies ?

En effet, c’était passionnant de travailler pour le Paris Normandie, mais ce n’est pas évident de suivre le rythme quand on travaille au sein d’un grand groupe de presse. Et l’urgence, je crois, c’est d’innover. Pour l’instant, tout va trop vite pour que ce genre de structure soit en mesure de suivre le mouvement à l’allure où elle va.

C’est-à-dire ?

C’est une question d’échelle de projet. Quand on est seul, on peut plus rapidement réagir. J’ai presque envie de vous dire qu’un zodiac, ça coule sans doute plus vite qu’un super-tanker, mais ça vire de bord plus vite également. C’est un élément important pour réussir à innover.

A quoi pensez-vous en particulier, quand vous parlez d’innovation ?

Deux choses : les réseaux sociaux, bien entendu, et la géo-localisation.

Vous parlez de l’importance des réseaux sociaux : on voit en effet que l’un de vos articles a été partagé sur Facebook plus de 1 000 fois alors que le site a une semaine. Quels sont les premiers retours sur le Grand Rouen ?

La presse spécialisée dans les médias a salué l’initiative, et la presse locale observe, à distance. Au-delà, les lecteurs ont l’air de vouloir suivre. Les premiers chiffres sont modestes mais encourageants  - sur les réseaux sociaux, avec 300 amis sur Facebook, et sur la consultation des articles, avec 22 000 pages vues. Etant donné qu’on part de zéro, c’est loin d’être négligeable.

Quel est votre modèle économique ?

Pour l’instant, le Grand Rouen, c’est une SARL. Je mise sur quatre sources de revenus complémentaires sans savoir comment vont s’équilibrer les comptes. J’ai d’abord un bandeau publicitaire sur chaque page article. Ensuite, je continue de faire du conseil aux entreprises d’une part, et de la formation d’autre part. Enfin, je compte me lancer dans l’édition électronique d’ici la fin de l’année 2011.

Vous parliez précédemment de la géolocalisation. Aux yeux de l'équipe de Yakwala, il s'agit de l'un des enjeux de l'information locale de demain. Certains de vos articles sont géolocalisés, d'ailleurs, comme on peut le voir sur la capture d'écran ci-dessous. Pour vous aussi, c'est une étape nécessaire pour tout ce qui concerne la valorisation de l’information ?

Il me semble absurde de continuer à produire de l’information sans prendre en compte la géolocalisation. Demain, les internautes auront envie de savoir, mais aussi de visualiser ce qu’il se passe autour d’eux – que ce soit en bas de chez eux, ou en voyage. Je sais qu’on parle souvent de « réalité augmentée » sans bien comprendre de quoi il retourne… Il existe quelques applications amusantes sur smartphones, mais concrètement, on ne sait pas encore comment faire ni comment ça va se présenter. Pourtant, on n'en est pas loin. Et la géolocalisation fait partie de l'information de demain. 

Crédits photos : captures d'écran du site www.grand-rouen.com