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Neuf questions à Mélanie Chaluleau pour découvrir "93 infos"

on jeu, 12/15/2011 - 15:42

Par Julien Le Bot

93 infos (prononcer « neuf-trois ») est un condensé d’engagement, d’artisanat, et d’intuitions. Là où Le Parisien semble souverain, on s’aperçoit en réalité qu’il reste (presque) tout à faire. Formée  (notamment) à l’école de de la presse hebdomadaire régionale, Mélanie Chaluleau a décidé, fin 2009, de couvrir à sa manière l’actualité de la Seine Saint-Denis. Entretien.   

Contrairement à une idée reçue, il n’est pas nécessaire d’être né sur un territoire en particulier pour avoir envie de s’y intéresser. Entre la culture hors-sol à gogo et le terroir à tout crin, il existe des entre-deux. Originaire de Paziols (dans l’Aude), la journaliste Mélanie Chaluleau vit depuis 2003 en région parisienne. Et c’est en 2009 qu’elle est allée s’installer dans une petite commune de la Seine Saint-Denis. Quelques mois plus tard, l’idée de fonder 93 infos s’est invitée à domicile (c’est de là qu’elle travaille, d’ailleurs). 93 infos, c’est une affaire personnelle (un « à côté ») qu’elle partage avec son conjoint), une aventure extra-professionnelle (« ça ne nous rapporte rien », précise-t-elle), et un moyen d’apprendre à travailler sur et avec le web. A l’heure actuelle, 93 infos, c’est donc une association tournant avec deux journalistes co-fondateurs, deux correspondants (bénévoles), et une personne en charge à la fois de l’aspect commercial et du webmarketing. En chiffres, c’est environ 25 000 pages vues par mois. Prochaine étape : professionnaliser, dès que possible, 93 infos. Les idées ne manquent pas. Entretien.

Pourquoi avez-vous eu envie de lancer 93 infos ? Aviez-vous la sensation qu’il y avait une place, un besoin, un public ?

La première chose, c’est que j’avais une envie : pouvoir me lancer sur le web. Le mieux, dans ces conditions, c’est de le faire par soi-même. Ensuite, ici, vous n’avez grosso modo que Le Parisien pour l’information locale. Je me suis donc lancée : en deux mois, 93-infos est né.

Etant donné votre choix (commencer avec un statut associatif), vous avez dû composer une méthode de travail vous permettant de vous faire connaître tout en structurant votre façon de couvrir votre territoire. Quelle a été votre façon de faire ?

J’ai découpé le département en quatre zones, que l’équipe se partage.  Je me souviens de mon premier reportage : c’était à Saint-Ouen, et il s’agissait d’un évènement autour de la « street-food » fabriquée par des chefs. Ensuite, je me suis mis à aller aux conseils municipaux, à suivre l’actualité politique locale.

C’est par là que vous avez commencé à aborder « votre » territoire ?

Oui, vous savez, je viens de la presse hebdomadaire régionale, et c’est une sorte de réflexe : la presse quotidienne le fait peu ou pas, c’était donc évident que je pouvais le faire. Au-delà, je me suis lancée dans une série d’articles avec, notamment, une rubrique de ma section « politique » intitulée : « vacheries ». Cet espace a très vite été repéré par des élus (ou leurs proches), et ça m’a aidé pour me faire connaître.

Avez-vous repéré des blogs qui, autour de vous, produisent des informations originales et intéressantes ?          

Il ya en a énormément en Seine Saint-Denis. Rien qu’à Aulnay, par exemple, vous en avez au moins cinq qui fonctionnent très bien. Ils font beaucoup d’informations hyperlocales, nous sommes finalement assez complémentaires.

Au fond, chacun son « échelle » de travail ?

Oui, nous sommes plus pertinents à l’échelle de la ville. Bien entendu, il y a des cas particuliers : j’essaie d’aller faire du reportage pour aller chercher des histoires qui peuvent intéresser le public du département. Je pense notamment à un restaurant mobile qui s’était installé sur un parking de HLM sans autorisation, provoquant pas mal de problèmes dans le quartier.

Finalement, votre objectif, c’est de réussir à être visible tout en travaillant avec ceux qui souhaitent être plus exposé ?

Notamment, oui. Je peux vous donner un exemple tout simple : nous avons un partenariat avec le club de rugby de Drancy. Chaque fois qu’on en parle, on explose les statistiques ! On essaie vraiment de se rapprocher de toute cette vie associative pour le faire partager à plus grande échelle. Encore une fois, c’est un peu la même approche que la presse hebdomadaire régionale.

D’autres façons de parler de votre département ?

J’ai créé une rubrique « célébrités » qui marche bien, aussi. Nous parlons de tous le côté « people » du 93, avec des personnalités comme le Comte de Bouderbala ou encore Samia Orosemane.

Avez-vous mis sur pied une méthode pour vous professionnaliser ?

J’essaie d’entrer en interaction avec les internautes. Je fais régulièrement gagner des stickers, on organise des jeux. Enfin, on essaie d’entretenir le dialogue. On aimerait aussi pouvoir développer la publicité avec les commerces locaux (pour ne pas avoir à dépendre des annonces des municipalités), mais ce n’est pas facile, tout le monde n’est pas encore prêt à investir là-dessus.

Au-delà, du point de vue journalistique, des projets pour étoffer votre offre ?

On essaie de fabriquer des contenus qui sortent de l’ordinaire. Nous venons de publier un webdocumentaire sur le boxeur Jean-Marc Mormek. Nous avons également organisé, le 3 décembre dernier, un débat qui a été filmé par une société de production locale, Klhub, sur le thème de la police municipale. Nous l’avons postée lundi dernier : le soir même, nous avons comptabilisé 350 visites.  Ce sont des actions que l’on souhaiterait pouvoir reproduire.  

Crédit : @jblnd (Licence Creative Commons), et capture d'écran du site.