Skip directly to content

Presse hebdomadaire régionale : l'heure est aux grandes manœuvres sur la Toile

on ven, 11/04/2011 - 14:12

Par Julien Le Bot

La presse quotidienne régionale (PQR) n’a pas le monopole de l’information locale. Enfin, pas tout à fait. On oublie (trop) souvent la presse hebdomadaire régionale qui entend bien, à sa manière, s’emparer (des opportunités) du web. Entretien avec Maëlle Fouquenet, vigie numérique et dégourdie de l’AEPHR.

Un cliché étant ce qu’il est, il est parfois difficile de regarder droit devant soi sans le trouver là, planter dans le décor, comme une (grossière) évidence. Exemple : l’équivalence info locale = PQR est inexacte. A l’ombre des quelques grands groupes de presse qui se partagent le territoire hexagonal, foisonnent encore des indépendants. La presse hebdomadaire régionale en France, avec ses 287 titres couvrant 89 départements (selon le SPHR), est belle et bien là, dans le paysage de l’information locale. Maëlle Fouquenet, journaliste responsable du développement numérique pour le compte de L’Association pour l’étude et la promotion des hebdos régionaux (AEPHR), estime que sur la Toile, la PHR a une carte à jouer. Et de solides arguments. Entretien.   

Vous avez eu l’occasion de travailler pour différents titres de presse hebdomadaire locale, que ce soit à La Semaine des Pyrénées ou à l’Hebdo de Nantes, et vous en avez tiré la conviction que ce type de journaux offrait, dès le départ, un avantage vis-à-vis de la PQR : lequel ?     

Ces journaux couvrent un territoire souvent assez resserré, loin des grandes régions couvertes par la PQR. Ce qui permet, quoi qu’on en dise, d’être plus pertinent à l’échelle hyperlocale. Prenons un exemple : il n’est pas rare que la PQR tarde à relayer, qui plus est par une simple photo, un évènement sportif dans une petite commune. Le public a envie de pouvoir se retrouver dans les pages du journal, ce qui n’est pas toujours le cas. La PHR vit au plus et travaille au plus près du terrain.

Et c’est là que vous intervenez avec l’AEPHR : la Toile peut être un relai de croissance à tous points de vue (en termes d’audience ou de revenus), et vous êtes chargée de proposer des solutions permettant aux titres de la PHR de se lancer sur le web. Plus précisément, comment travaillez-vous ?

J’ai commencé en 2007 et, depuis lors, nous avons énormément avancé. Il faut savoir que l’AEPHR regroupe la quasi-totalité de la PHR française. De mon côté, je propose des pistes de développements, et les éditeurs concernés disposent. Autrement dit, chacun est libre de construire sa stratégie. Mais je suis très sollicitée et nous avons mis en place de nombreuses expériences : il y a bien entendu la dimension communautaire, puisque nous essayons faire travailler les rédactions avec Facebook, mais pas seulement. Il y a des innovations commerciales, aussi, ou des réflexions engagées sur le terrain de l’interaction papier/web.

Des exemples de titres ?

La Semaine de l’Allier vient de changer son site Internet, Le Phare de Ré est aussi très ouvert à toutes les innovations que nous pouvons proposer. Contrairement à une idée reçue, les équipes sont plutôt curieuses. Elles voient bien qu’il ya quelque chose à faire avec le web.

 Et qu’en est-il de la peur de la sempiternelle question de la cannibalisation (supposée) des contenus du papier (payant) par le web (gratuit) ?

Première chose, nous n’avons pas de duplication (ou très peu) d’audience. Ce n’est pas le même public.  Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas différencier les contenus. A contrario, il ne faut pas avoir peur de la Toile. De toute façon, la PHR n’a pas le choix. Il faut trouver un moyen de s’y installer.

Précisément, à vos yeux, c’est sur la question de la temporalité de l’information que se joue la différenciation des contenus ?    

La périodicité de la presse hebdomadaire, par définition, ne permet pas d'avoir la réactivité de la PQR ou, à plus forte raison, du web. Il y a donc des informations qui ne passent pas. Ou qui ne peuvent pas attendre le bouclage suivant. Typiquement, c’est là que peut intervenir le web : pour signaler une info quand on l’obtient, qui est périssable, pratique, et qui est susceptible d’intéresser tout de suite le public.    

Bien entendu, la PHR fonctionne avec une économie de moyens plus modeste que celle des grands groupes de presse. Ce qui implique pour partie une réorganisation du travail. Comment faire pour progresser sans se lancer de grands investissements ?

Il y a  tout simplement le contenu multimédia. Il est possible de réutiliser et de partager des vidéos, des photos, qui ne sont pas nécessairement produites par les journalistes. C’est aussi là qu’intervient la dimension communautaire ou conversationnelle : il faut entrer en dialogue avec son audience.

Comment, du point de vue commercial, avez-vous envisagé ce basculement de tout ou partie du contenu vers la Toile ?

La première étape, ça a été de convaincre les commerciaux, après les journalistes, qu’il avait un développement à effectuer. Que les journalistes commencent à bosser en bonne intelligence avec les audiences en ligne, c’est une chose. Mais il a bien fallu construire le reste. Or, je me suis très vite rendu compte qu’il n’existait aucune formation spécifique pour l’e-publicité locale. Le fonctionnement en locale n’a rien à voir avec ce que font les agences. C’est artisanal, les sommes sont modestes, et les savoir-faire techniques limités puisque les moyens sont eux aussi restreints.

Vous avez donc monté votre programme de formation ?

Oui, j’ai regardé ce qui se faisait pour dresser un panorama, j’ai d’ailleurs été aidé par un commercial de Deezer qui est depuis passé au journal Le Monde, et nous avons commencé à imaginer ce qui pouvait être mis en place, quitte à créer de nouveaux formats, de nouvelles formules pour attirer des annonceurs locaux. Grosso modo, nous avons tenté de créer une formation permettant à toutes les équipes de prendre en compte les spécificités du web : il y a de l’espace pour inventer.

Sur quoi vous êtes-vous focalisée ?

Sur le fait qu’on ne remplit pas une page web comme on remplit une page papier. On peut créer des mini-sites évènementiels, on peut offrir des pages re-designées,…

Un exemple ?

Bien sûr, L’Observateur du Cambrésis.  En 2010, pour les 20 kms de Maroilles, l’un des annonceurs hésitait à se lancer. Il ne savait pas quoi faire. Papier, web, les deux ? Finalement, l’équipe de l’Obs a proposé une formule « papier + web + site dédié (avec fiche d’inscription en ligne, parcours, pages Facebook, etc.) ». Résultat : l’annonceur a suivi, et il a mis plus que l’année précédente.

Vos prochains projets ?

Le mobile, le mobile, le mobile. C’est un support qu’il faut prendre en main. En locale, c’est déterminant. Mais là, nous cherchons encore la bonne façon de procéder. Et bien entendu, les réseaux sociaux. Il faut être présent sur ce terrain pour ne pas se couper des usages et du public.  

Au fond, vous êtes optimiste : la PHR peut donc s’appuyer sur le numérique pour se développer ?

Il faut réaliser, comme nous le disions plus tôt, que la « granularité » de la PHR est un sérieux atout. Elle connaît très bien son rayon d’action. Ensuite, elle fonctionne avec de petites équipes. Ce qui, en un certain sens, la rend plus souple et plus réactive que la PQR. 

Crédit photo : @BiblioArchives (Licence Creative Commons)