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Butiner local avec « La Ruche qui dit oui »

on mer, 11/09/2011 - 15:56

Par Julien Le Bot

La Toile n’est ni la quatrième dimension, ni un univers à part. C’est ici, c’est tout de suite, et c’est un bout de notre traintrain quotidien. C’est peut-être même plus encore : un outil qui peut servir à tout, à commencer par (mieux) manger. Entretien avec Guilhem Chéron, fondateur de « La Ruche Qui Dit Oui ».

On ne le répètera jamais assez : le web n’est pas (ou plus) une affaire de « geek ». La Toile est au sens propre un lieu commun. C’est aussi devenu un levier d’innovation. Il n’est pas nécessaire de coder à ses heures perdues ; ce qu’il faut, pour bien comprendre le Web, c’est le goûter. Apprécier son alchimie pour fabriquer de nouveaux usages. Et pourquoi pas : inventer sa recette !

Guilhem Chéron n’est pas né avec un clavier entre les mains. Au contraire, il a commencé par le design industriel et la cuisine. C’est d’ailleurs un formidable fatras d’expériences qui singularise son parcours : il a travaillé pour le groupe Sodexo, dessiné des (ustensiles de) cuisines, pensé des espaces de restauration collective, publié un livre de cuisine, ou encore donné des cours dans le cadre des ateliers de l’association Fraîch’attitude. Entretien avec le fondateur de "La ruche qui dit oui" (et qui n'a pas froid aux yeux).

Avant de parler des ingrédients que vous avez réunis pour construire « La ruche qui dit oui »,  une première question : pourquoi avoir eu envie de vous lancer sur la Toile, dans une telle aventure « entrepreneuriale », comme on dit ?

J’ai pas mal travaillé comme consultant, dans le design industriel spécialisé dans l’alimentaire et la restauration collective. Au bout d’un moment, j’ai senti que j’avais envie de m’investir autrement dans ce que je faisais. De changer de mode de vie. Après avoir déposé un brevet pour une cuillère utilisée dans les hôpitaux, j’ai décidé de lancer mon entreprise sans trop savoir encore comment j’allais m’y prendre. Ni ce que j’allais faire.

Comment avez-vous procédé, au départ ?

Je suis allé dans un incubateur, Advancia, qui appartient à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Etant formé au design industriel,  j’ai toujours travaillé sur des questions liées à la cuisine et à l’innovation sociale. J’ai très vite vu que c’était sur le web que je pourrai trouver l’énergie que je recherchais.

Au-delà, vous avez bien senti que la Toile était pour vous le meilleur moyen de mettre sur pied, concrètement, ce qui vous taraudait : construire un outil pour re-territorialiser les pratiques alimentaires, permettre aux circuits courts de se développer. Pouvez-vous nous en parler ?

Le web permet en effet de structurer pas mal d’initiatives en s’appuyant sur des points d’énergies particuliers.  Je me suis dit qu’avec le web, et avec un bon outil, je pourrai réussir à simplifier le circuit qui va du producteur de fruits ou de légumes au consommateur. La ruche qui dit oui est partie de cette envie, finalement.

Comment faites-vous concrètement pour mettre en musique tout ça ?

C’est assez simple au départ : les fournisseurs n’aiment pas les circuits courts, parce que ça génère des tonnes de paperasses. Un exemple : vous avez 200 ou 300 clients qui vous paient pour des sommes modiques, et c’est beaucoup d’énergies, de factures et de soucis pour un pécule pas extraordinaire. Si on réussit à mieux construire le cycle qui part de la production à la vente, on peut gagner pas mal de temps sur la gestion, faciliter les échanges, obtenir des prix justes. Et pour ce faire, La Ruche qui dit oui s’appuie sur des leaders qui, de leurs propres chefs, ouvrent des ruches, et sont à la charnière entre les producteurs et les consommateurs. Ils sont chargés d’identifier les producteurs locaux, de trouver des clients, et de « faciliter » la transaction. Bref, on bouscule toutes les habitudes, mais on obtient un circuit court et pertinent.

La Ruche qui dit Oui ! from GC on Vimeo.

Votre vidéo (ci-dessus) de présentation montre d’ailleurs très bien la façon dont La Ruche qui dit oui a conçu son modèle de développement : mais en quoi, concrètement, est-ce différent des AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) ?

La principale différence, c’est qu’on ne paie pas à l’avance. L’engagement qui est demandé de la part des consommateurs est bien moins contraignant, ce qui permet d’élargir le public des personnes qui peuvent être intéressées.  Par ailleurs, l’offre des ruches est plus large et s’adapte à la demande : on peut très bien imaginer des ventes de produits maraichers, mais aussi des viandes, des fromages, ou encore des œufs. Ce qu’il faut, c’est identifier un besoin (collectif), et un fournisseur (qui vendra à un tarif négocié, fixe et juste).   

Aujourd’hui, La Ruche qui dit oui, c’est combien de membres actifs ?

Nous avons 1800 personnes qui ont rejoint des communautés. Il ya d’orest et déjà une quinzaine de ruches actives. Mais il y a environ 150 ruches en construction [voir la carte, ndlr]. Elles mettent quelques mois, souvent, pour réunir suffisamment de membres pour pouvoir travailler avec des producteurs locaux.

Comment, économiquement, votre modèle est-il pensé ?

Tout est transparent et fixé à l’avance. Sur les marges, il y a 20% qui sont retenus pour faire tourner les ruches : nous prenons 7%, 3% sont affectés aux frais bancaires (puisque les transactions sont garanties par l’entreprise), et 10% reviennent à celui qui fait tourner la ruche. Pour ce dernier, c’est donc un revenu complémentaire. Et tout le reste, c’est pour le producteur.

Avez-vous des projets diversifier ce que vendent les ruches ?

On a toujours envie d’aller dans tous les sens. Mais nous voulons d’abord optimiser notre modèle. Il faut continuer à travailler sur la construction des modules communautaires : pour qu’une ruche fonctionne, il lui faut de bons outils de partage et de communication. Nous travaillons aussi sur des offres nationales, qui pourraient être réparties dans les différentes ruches. Je pense en particulier à un saulnier de Guérande, avec qui nous sommes en discussions pour du sel.  Enfin,  nous pensons pouvoir étendre notre offre aux services à dimension locale. Mais tant que nous n’avons pas un outil parfait, nous ne nous disperserons pas.

Une question toute simple : quelle a été votre méthode, pour vous faire connaître ?

On n’a rien fait de spécial. On a fabriqué une vidéo de présentation (voir plus haut) qui a très bien fonctionné sur les réseaux sociaux, et ça nous a suffit pour amorcer notre travail. De toute façon, au départ, nous ne voulions pas être dépassés. Le plus difficile, c’est de maîtriser la montée en régime de l’entreprise. Ne rien perdre en qualité de service. Pour que ça tourne bien, finalement.

Vous avez trouvé votre rythme de croisière ?

A peu près. D’ailleurs, nous travaillons sur une nouvelle vidéo pour continuer de développer les ruches un peu partout en France.  

Crédit photo : @Pauldineen (Licence Creative Commons)