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Lucky Ant : de l'art de faire du crowdsourcing (mâtiné de storytelling) pour les commerces locaux

on mar, 01/03/2012 - 14:16

Par Julien Le Bot

Hébétude, doute, étrangeté ! Il arrive que l’on se trouve devant une idée et que, quoi qu’on fasse, quel que soit l’angle que l’on adopte pour y regrader de plus près, on soit incapable de savoir si, réalisée en dur, sur la plancher des vaches, celle-ci peut faire des ravages. C’est le cas pour Lucky Ant, un projet permettant aux commerces locaux de « crowdsourcer » leurs investissements.     

Il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Street Fight Mag ce qui lui revient de droit : pour le coup, c’est une publication en ligne incomparable pour repérer ce qui, sur le continent nord-américain, s’invente sur le terrain de l’hyperlocal. Certes, comparaison n’est pas raison, et parfois même, vérité en deça de l’Atlantique, erreur au-delà (et réciproquement).

Le commerce local, qui n’a pas encore trouvé son modèle d’ancrage territorial sur la Toile de proximité,  peut-il vraiment s’appuyer sur un site comme Lucky Ant pour trouver des ressources (financières) d’un nouveau genre dès lors qu’il veut étoffer, ou renforcer son offre ?

Lucky Ant, c’est pas compliqué, c’est un site permettant de « crowdsourcer » (faire appel à l’épargne de sa clientèle habituelle, en l’occurrence). En vidéo, en 59 secondes, c’est ça :

How Lucky Ant Works from Lucky Ant on Vimeo.

Pourquoi « Lucky Ant », au fait ? Parce que, comme l’explique le fondateur du site Jonathan Moyal au journaliste David Hirschman, « les fourmis ne travaillent jamais seules ». Un adage qui prend ses racines, non dans le « bon sens » cartésien, mais au Maroc : l’arrière grand-père de Jonathan Moyal  était en quelque sorte l’épicier du coin. A ce titre, il était connu de tous. Dès lors qu’il a besoin d’argent pour agrandir sa boutique, il n’est pas allé à la banque – il n’y en avait pas. Il est allé demander à tous ses voisins de l’aider. Ce qui fut fait (puisque, en un certain sens, c’était dans l’intérêt de tous).

« Lucky Ant » prolonge cette idée : contourner les circuits locaux de financements de certains projets locaux. Au fond, si j’aime tant cette terrasse, sur la place Jean-Jaurès de Trifouillis-les-Oies, pourquoi ne pas aider le patron à l’agrandir ? En échange de quoi, je pourrai demander quelques menus services/offres privilégiées à mon patron-de-bar-préféré.

Attention : ce n’est pas de l’achat groupé. Il ne s’agit pas de s’offrir (seulement) une bouteille de Bourgogne aligoté au prix d’un verre/investissement. Jonathan Moyal s’en défend : ce que Lucky Ant vend, c’est une histoire commune, une relation privilégiée, une fidélisation par l’accompagnement. Grosso modo, c’est presque du storytelling en devenir, livré clé-en-main.

Sur le papier, c’est élégant. Mais en réalité, les foules contemporaines et les hommes pressés sauront-ils prendre le temps de s’intéresser à l’extension du four à pain, à la mise en place d’un double-vitrage le long de l’avenue, à l’agrandissement de la salle de réception d’une auberge ?

Un exemple hexagonal pourrait venir démentir cette intuition : le site « J’aime l’info », bien pensé,  crée (sans doute) une relation privilégiée entre des audiences en ligne et quelques pure players à la recherche de fonds, mais ce mode de financement n’a que rarement permis de mobiliser des sommes susceptibles d’offrir un relai de trésorerie substantiel. La proximité (réelle, géographique) sera-t-elle le ferment de pratiques solidaires réinventées ?  

Crédit : Capture d'écran du site http://www.luckyant.com/.