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L'indépendance en ligne et l'info locale selon DijOnscOpe

on lun, 10/17/2011 - 07:59

Par Julien Le Bot

Le journalisme n’est pas un métier comme les autres. Par définition, c’est au cœur de la mêlée qu’il se trouve. Mais être partout, ce n’est pas faire n’importe quoi. Rencontre avec Sabine Torres, une journaliste farouchement indépendante.

C’est en créant son propre titre (sur le web) que l’on devient ce que l’on est. A 31 ans, Sabine Torres n’a pas eu envie de souffrir plus longtemps les petites compromissions ordinaires qui sont le lot de certaines rédactions. Agée de 31 ans, la journaliste creusotine a décidé, dès la fin 2009, de franchir le pas. DijOnscOpe est né de cette ambition : le journalisme, en locale, n’est pas condamnée à répéter ce qu’on lui enjoint d’ânonner – à grands renforts d’invitations, de cadeaux, de voyages dits, précisément, de presse. Sur le site de ce « pure player » haut en couleur, le ton est donc donné très vite : « Informer, enquêter, critiquer... Voilà ce que les journalistes revendiquent sur papier ; voilà ce à quoi nous prétendons aujourd’hui sur le net. » Entretien pour le blog de Yakwala.  

L’indépendance, c’est votre credo et votre raison d’être, comme l’explique très précisément la présentation de votre équipe. Plus précisément, quelle est la méthode de travail de DijOnscOpe ?

C’est assez simple : nous respectons la Charte de Munich (ou Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, signée en 1971, ndlr). Ce qui signifie que nous refusons tous les déjeuners de presse, et tout ce qui pourrait compromettre l’indépendance de la rédaction.   

Au-delà, vous avez un regard intéressant sur la ligne de partage local/hyperlocal. Pouvez-vous nous l’expliquer ?

On suit très peu tout ce qui concerne l’hyperlocal. C’est souvent le terrain des blogueurs, et ce n’est pas la mission que l’on doit assigner à des journalistes professionnels. Ces derniers doivent travailler sur le fond. Ce sont des individus qui ont fait des études, qui ont un statut à respecter, qui ont des attentes et des capacités qui vont au-delà de ce niveau d’informations. C’est pour cette raison qu’à DijOnscOpe, un journaliste ne sort « que » trois à quatre articles par semaine. Il faut donner du temps au temps de l’information locale indépendante.

Et vous y veillez de près. Vous êtes d’ailleurs membre du bureau national du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL) ?

J’ai en effet charge la direction de tout ce qui concerne la presse locale et les annonces légales.

Précisément, vous estimez que la presse locale ne remplit pas sa mission correctement ?

Il n’y a qu’à voir à Dijon. L’information est monopolistique avec, par exemple, l’omniprésence du groupe Ebra.  Je parais peut-être extrêmement ferme, mais force est de constater que cet acteur n’a jamais voulu de l’arrivée d’un nouvel acteur dans le champ de l’information locale. Quand nous avons par exemple lancé notre « revue de web », nous avons été attaqués en justice par ce groupe de presse… alors qu’il s’agissait de 0,2% des visites de nos lecteurs. En réalité, c’est simple : ce qu’ils ne supportent pas, c’est que nous soyons devant eux, sur Google.

Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, où en est DijOnscOpe ?

DijOnscOpe, c’est aujourd’hui une SARL. Avec cinq journalistes salariés à temps plein. Et nous travaillons les angles, les articles de fond, enfin ce qu’on pourrait appeler la valeur ajoutée d’un travail journalistique.  D’ailleurs, nous ne sommes pas du tout dans un rapport à l’information de type Rue89 : nous ne travaillons pas à « trois voix » (Journaliste/Expert/Internaute). DijOnscOpe, c’est un site de journalistes.

Quels sont les articles les plus lus sur votre site ?

La rubrique politique est la plus cliquée. Ensuite, nous avons les « bonnes adresses » qui marchent bien… Sauf qu’à la différence de la presse classique, nous nourrissons ces articles au gré de nos envies et de nos sorties.  Nous travaillons de manière anonyme sur cette section pour éviter toutes les compromissions habituelles. C’est un gage d’indépendance. Enfin, nous travaillons sur une nouvelle version de l’agenda pour les mois à venir.

Et vous avez des chiffres sur ces visites ?

Bien entendu. Nous tournons en moyenne avec 20 000 à 25 000 visiteurs uniques par semaine. Et nous avons une newsletter qui fonctionne bien, la « 9h pile », qui a 8 200 abonnés.  

Sempiternelle question pour la presse en ligne : avez-vous trouvé votre modèle économique ?

Nous cherchons. Pour l’heure, nous avons la publicité, bien entendu. Nous faisons également du « consulting » pour des entreprises qui voudront produire de l’information, construire des sites spécialisés. Mais nous ne vendons aucun contenu ni aucune image. Il n’y a aucun publi-reportage sur DijOnscOpe. Et pour ma part, je donne des cours au CFPJ

Vous êtes confiante pour DijOnscOpe?

La question du modèle économique de l’information indépendante n’est pas résolue. Si vous voulez, c’est un peu comme si, quand on va au restaurant, on avait décidé de ne plus payer les plats, mais seulement les assiettes. Les lecteurs paient des abonnements pour aller sur Internet, mais ils ont du mal à payer pour le contenu.

Des projets à l’horizon pour la rédaction ?   

Bien sûr ! J’ai envie de continuer de tenir cette ligne éditoriale tout en étoffant nos services. Mais c’est trop tôt pour en parler. 

Crédits photos : @pagail (License Creative Commons) et capture d'écran de DijOnscOpe.