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Le laboratoire de l'hyperlocal niçois, c'est par là !

on ven, 10/07/2011 - 15:42

Par Julien Le Bot

L’hyperlocal, c’est partout, c’est ici, et c’est aujourd’hui plus que jamais. Yakwala a donc décidé de se lancer dans une série de rencontres, de portraits ou d’entretiens avec les pionniers de cette conception de l’information et des territoires à l’heure du numérique.

Et pour inaugurer ce parcours, Yakwala a eu envie de faire un saut sur les rives de la Méditerranée. Du côté de Nice, de Cannes, de la Riviera, de la promenade des Anglais, évidemment, mais aussi sur les terres arpentées par le journaliste Jean-Christophe Dimino. Le fondateur du site HyperlocalNews n’est pas un déçu de la presse quotidienne régionale qui a choisi de monter son coucou, c’est un professionnel de l’audiovisuel - à son actif, des radios musicales, un détour par RMC avant de rejoindre rejoindre ensuite la télévision TMC - qui a eu envie, en 2009, de créer son propre « laboratoire » pour tenter de « dépoussiérer » le journalisme local.

Yakwala : Commençons par le commencement en interrogeant ce qui fait la marque de fabrique de votre site. Comme son nom l’indique, votre site produit de l’information « hyperlocale ». De quoi s'agit-il ?

L’hyperlocal, c’est ce qu’on ne voit pas nécessairement dans les médias locaux traditionnels. C’est l’entrefilet, c’est ce qui reste au marbre, ce sont des photos légendées dans la presse quotidienne régionale (PQR). Il existe, en dehors des circuits traditionnels de l’information et des services structurés de communication des entreprises ou des mairies, des choses qui se passent à l’échelle des quartiers, du côté des associations par exemple, et qui ne sont pas – ou peu - valorisées. Sans oublier tout ce qui, sur les réseaux sociaux, concernent les plus jeunes qui ne lisent plus la presse.

Avez-vous adopté un ton spécifique, une manière d’écrire, de rapporter ce genre d'informations ?

Avec HyperlocalNews, j’essaie de créer des formats originaux, avec différents supports (textes courts, images, sons ou vidéos). Il y a surtout beaucoup de conversation. C’est un peu comme de la « presse parlée », que nous pourrions opposer à la « presse écrite ».        

Il y a aussi la prise directe sur les évènements, puisque j’ai notamment eu l’occasion de couvrir en direct un conseil de quartier. D’une certaine manière, ça se rapproche beaucoup de la radio. Les papiers sont très anglés, et il faut de la couleur, de l’humeur. Pour que le dialogue soit engagé. Tout ne fonctionne pas, mais on a la chance de pouvoir expérimenter au quotidien.  

Comment fait-on alors pour aller chercher cette information ?

C’est très difficile de trouver des personnes qui acceptent de jouer le jeu. Par exemple, ce n’est pas parce que vous aimez fréquenter les vide-greniers que vous allez prendre le temps de rédiger un article ou de prendre une caméra pour tenter de raconter ce que vous avez pu voir sur place. Au-delà, il existe des réticences. Il y a une école de journalisme à Nice, mais il y a peu d’étudiants qui ont envie de venir se frotter à ce genre de travail. Ils rêvent d’ailleurs, et pas nécessairement de proximité.

Pourtant, vous avez su créer un réseau. Vous avez des informations originales. Votre travail est  suivi.  

Avec le temps, on arrive à construire un petit réseau d’informateurs, d’indicateurs, et de personnes qui sont prêtes à s’investir dans cette façon de créer de l’actualité. Ce sont des gens qui se sentent concernés, qui ont une capacité rédactionnelle, et qui ont envie d’apprendre sans que ça ne donne lieu à une transaction. En échange, je les forme, je les aide à trouver le ton, la bonne approche, ou l’angle original. Ensuite, il y a aussi ceux qui sont devenus pigistes parce qu’ils interviennent régulièrement et qu’ils connaissent bien le métier.

Quelles sont les informations les plus consultées ?

Il y a d’abord ce qui fait réagir parce qu’il y a un parti pris et une énergie particulière. Au-delà,  c’est l’information qui rend service qui marche le plus fort :  les problématiques liées à la circulation ou au stationnement sont par exemple très suivies. C’est une dimension de l’information qui est souvent méprisée par les rédactions traditionnelles, alors qu’elle est très recherchée par les internautes parce qu’elle leur est utile au quotidien.

Avez-vous des sources d’inspiration ? Des sites d’informations hyperlocales qui vous parlent ?    

C’est surtout du côté des Etats-Unis que je regarde, comme beaucoup de journalistes intéressés par cette question. Les Américains sont très conservateurs en la matière ; c’est le règne du no-design, c’est la culture Google. Chez nous, c’est plus graphique, plus vif, plus orginal. Pourtant, il ont mieux compris que nous, je crois, l’intérêt qu’il y avait à bien mailler le territoire. Ils ont une vision structurée de l’espace, avec une prise en compte relativement efficace des enjeux liés au marketing et aux services. Prenez le site Patch.com : le trafic n’a rien d’extraordinaire, mais l’économie locale y a sa place.

Qu’est-ce qui différencie l’approche « continentale » dans ce cas ?

Probablement la recherche d’une alternative, que l’on qualifie souvent de « citoyenne ». En réalité, il faudrait réussir à mieux intégrer la dimension service de l’information, sans pour autant céder sur le fond : donner de la couleur à ce qui se passe sur un territoire donné.    

 

Crédit photo : capture d'écran du site HyperlocalNews.fr, avec l'amicale autorisation de Jean-Christophe Dimino.