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La rédaction de "Neighbors" joue à fond de cale sur le "levier communautaire"

on jeu, 10/06/2011 - 11:46

Par Julien Le Bot

Le billet du jour nous emmène sur le continent nord-américain, mais sans pour autant faire le détour par - l’incontournable ? – Palo Alto, dans la non moins célèbre Silicon Valley.

L’information du jour, à en croire le barouf provoqué par la disparition de Steve Jobs, est avant tout centrée sur le deuil des utilisateurs de Mac et autres iPhone (1, 2, 3, 4 et peut-être futur-ex 5). Pourtant, la philosophie des usages selon Apple est tout sauf anodine : c'est sans doute l'informatique pour le plus grand nombre, mais en circuit fermé. Soit, me direz-vous : eh bien allez voir pour plus de détails par là, avec l'interview de Xavier de La Porte.

Non, c’est par Philadelphie, l’ancienne capitale des treize colonies britanniques où la révolution américaine du XVIIIe siècle a pu prendre forme, que nous allons aujourd'hui transiter pour observer le lancement d’un site d’informations assez original répondant au nom (assez commun) de Neighbors.

Neighbors, c’est d’abord – et avant tout - une excroissance du site Philly.com qui, à lui seul, rassemble sur Internet les informations du Philadelphia Inquirer et du Daily News. Ce jeu de poupée gigogne illustre à lui seul le lent basculement des titres de presses locales sur le web et, au-delà, l’émancipation progressive des journalistes des cadres traditionnels de l’article, de l’enquête, ou de l’interview.

Neighbors, c’est donc une nouvelle étape sur la route de l’information telle que nous l’appréhendons à l’heure de l’Internet. Comme l’explique le pilote de ce projet, Daniel Victor, dans une interview accordée à Street Fight Mag, il s’agit d’atteindre avec Neighbors la « dimension communautaire » qui peut et doit composer désormais l’information, jusques et y compris à l’échelle locale. En d’autres termes, il s’agit d’associer, quand c’est possible, les lecteurs en s’appuyant sur la grammaire (participative) des réseaux sociaux.  

Ce qui implique, à l’entendre, un simple déplacement des habitudes (et non une révolution) : le journaliste, sur Neighbors, reste un professionnel, et continue de travailler comme il l’a toujours (si l’on peut dire) fait. Il a ses sources, ses informateurs, ses indics, et se doit de sillonner son territoire à la recherche de témoignages, d’enquêtes, de données et d’interviews.  Ensuite, il a théoriquement son histoire – que ferait-on sans storytelling – en tête, et son article à rédiger. Sauf que là, le travail n’est pas fini : le journaliste doit encore pouvoir crowd-sourcer (littéralement, "faire appel à la foule") son travail en cherchant des confirmations, des infirmations, de nouveaux témoignages, des documents qu’il n’aurait peut-être pas su recueillir, ou des illustrations pour son propos.

Neighbors est aussi un laboratoire (avec ce que cette image comporte d’audace, sans doute, mais aussi de fragilité) qui cherche à sabiliser son objet de recherche : pour l’heure, Daniel Victor est entouré de deux journalistes à temps partiel pour s’engager sur le terrain communautaire. Autrement dit, sans les infos, sans les ressources et sans le trafic des sites des journaux qui le soutiennent, Neighbors aurait à l’évidence bien du mal à se lancer. D’autant plus que le paysage de l’information hyperlocale connaît, dans cet Etat américain, de nombreux acteurs, ne serait-ce qu’avec Patch.com.

Ce qu’il va donc falloir observer dans un premier temps, c’est si la qualité de ce dialogue engagé avec les internautes est bien au rendez-vous.             

Crédit photo : @Twicepix (Licence Creative Commons)