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L'information hyperlocale (d'ici et d'ailleurs) selon PAB

on mar, 11/15/2011 - 17:21

Par Julien Le Bot

La ligne droite n’existe pas. Invention géométrique nécessaire, vue de l’esprit parfois trop commode, outil de réflexion indépassable, comme on veut. A côté d’elle, le libre cours - qui n’a rien d’un grand boulevard - passerait presque pour ringard. Et pourtant, la Toile, avec son infini ressac, réhabilite le flâneur. Conversation avec Paul-Alexis Bernard, un journaliste installé à Amiens qui, au hasard des tweets, a croisé la route de Yakwala.

15 ans d’expérience, à l’échelle du monde, c’est sans doute peu. A l’échelle du web, c’est pas mal, déjà. Paul-Alexis Bernard, que d’aucuns connaissent sous son pseudonyme PABstream, s’adonne ces derniers temps à la formation et au conseil – en particulier auprès des acteurs de la presse locale qui, comme chacun sait, cherche encore son modèle sur la Toile. Cette envie de partager des connaissances, c’est d’abord le fruit d’un travail au long cours. Quand on élargit sa veille par-delà les frontières de l’Hexagone, on s’aperçoit qu’il y a (toujours et sans doute plus que jamais) de la place pour le journalisme (local) en France. Le web n’est pas l’ennemi de l’info. Et c’est pour cette raison que Paul-Alexis Bernard continue de chercher, de creuser, de bidouiller. Conversation avec PAB.

Lancer une plateforme d’information hyperlocale en France, est-ce à vos yeux pertinent ? Est-ce le bon moment ? 

Tout dépend de votre montage et de votre façon de concevoir l’information. Mais j’attends depuis longtemps un renouveau de l’information locale en France. En un certain sens, c’était nécessaire. ET ça commence : voyez la vague de pure-players de l’info locale qui se lancent en ce moment.  

Pourquoi les acteurs se montrent-ils parfois si frileux quand on évoque la possibilité d’innover à l’échelle locale ?

Grosso modo, tout le monde pense que le marché français est trop étroit. Que les modèles économiques ne tiennent pas la route. En réalité, ce n’est pas si simple. A mon avis, il faut réussir à prendre le problème par le bon bout en s’appuyant notamment sur un constat : des contributeurs, il y en a partout, désormais. Il y a là quelque chose à structurer.

Toutefois, que pensez-vous de l’agrégation de contenus locaux ?

Ce n’est pas suffisant. C’est bien de fédérer les initiatives locales, mais il faudrait réussir à mettre de la « curation » dans tout ça, pour animer un réseau, faire ressortir certaines contributions et les informations pertinentes.

Que pensez-vous d’une plateforme qui associerait acteurs classiques et contributeurs locaux ?

Sur le principe, c’est une belle idée, mais comme toujours, les acteurs déjà installés ont tendance à ne pas vouloir compromettre leurs modèles de développement.

Au fond, le mieux, c’est de réussir à créer une plateforme ouverte à tous ceux qui ont envie ou besoin d’informations locales pour créer un effet d’entraînement : qu’en dites-vous ?

En effet, on peut très bien imaginer un site qui élargisse ces fonctionnalités à tout ce qui a trait au commerce local, par exemple.

Le paradoxe, finalement, c’est que tout le monde s’accorde sur la nécessité de renouveler les pratiques, mais chacun a du mal à collaborer ?

Les acteurs sont de plus en plus ouverts, quand même. Mais pour une plateforme comme Yakwala, le plus difficile, c’est de réussir à associer des acteurs producteurs de contenus pertinents. Ces derniers doivent par exemple comprendre qu’ils peuvent en tirer un revenu complémentaire. C’est un peu comme une forme d’externalisation d’un pan du modèle économique pour des titres historiques.

Et pourtant, ça tourne ! N’y a-t-il pas des exemples de cette nature aux Etats-Unis ?

Oui, il y a des producteurs d’informations locales qui ont compris qu’ils avaient intérêt à mutualiser leurs énergies. Notamment pour réussir à mieux valoriser la publicité locale.

Au-delà de ces questions de contenus, l’information hyperlocale, c’est du service, de l’interaction, des échanges et de la conversation locale. N’est-ce pas là qu’une plateforme peut aussi trouver sa place ?

Bien entendu. Là encore, il y a des exemples aux Etats-Unis. Je pense par exemple aux acteur du type de SeeclickfixCitysourced, ou FixMyStreet, qui permettent de signaler à la municipalité des dégradations sur des biens publics en envoyant des photos avec son portable [En France, il existe BeeCitiz, que nous avons déjà présenté sur Yakwala, ndlr].

Je résume : il existe comme une nécessité diffuse pour une plateforme d’information locale en France. Mais si je vous comprends bien, la principale difficulté, ça va être de s’installer ?

Il faut d’abord un bon outil. Il faut bien évidemment que la plateforme soit pertinente. Ensuite, il faut réussir à faire remonter rapidement un maximum de contenus hyperlocaux à la fois recherchés et sous-exposés pour l’heure dans les médias et sur la Toile. Je pense par exemple à des résultats de petits clubs de foot, à des problèmes de nids de poule sur la route, etc. Il faudrait réussir à devenir le carrefour nécessaire pour toutes ces questions. Ce qui implique des réussir à déplacer les habitudes des internautes qui utilisent beaucoup les réseaux sociaux.

Avez-vous une dernière recommandation ?

Ne pas être défaitiste, et soigner la construction d’une marque bien identifiée à l'échelle locale. C’est une valeur ajoutée qui fera venir et vivre des communautés qui auront envie d’utiliser la plateforme à bon escient, de manière complémentaire aux outils qui existent déjà.  Enfin, c’est le meilleur moyen pour susciter de la confiance, y compris du côté des acteurs professionnels de l’information qui ont tout intérêt à consolider le paysage de l’info locale sur le web en trouvant de nouvelles sources de revenus.   

Crédit photo : @Gedankenspiele (Licence Creative Commons).