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Dixhuitinfo : quincailles numériques et vieilles recettes

on jeu, 11/03/2011 - 14:55

Par Julien Le Bot

Tout se passe (souvent) à La Timballe, rue Versigny, pour la rédaction de Dixhuitinfo. Extension du QG de Dixhuitinfo ou « newsroom » à fleur de zinc, c’est quoi qu’on en pense un lieu de travail pour ce pure player du XVIIIe arrondissement de Paris. Rencontre avec deux des piliers (de cette rédaction).

Dixhuitinfo : un pure player d’info locale sans modèle économique ? Ceci n’est pas un titre, ceci n’est pas une blague. C’est un début. Dixhuitinfo est né d’une envie : écrire (sur le XVIIIe arrondissement de Paris). Au départ, Philippe Bordier n’a pas eu envie de compter. Les colonnes de chiffres ou les lettres quotidiennes, telle n’était pas la question. En 2008, il n’y avait pas (ou peu) d’information locale sur le Web à Paris. Et ce n’est pas Le Parisien qui, vu la zone qu’il (se) doit (de) couvrir, pouvait remplir cette (si locale) échelle de territoire. Rencontre, à La Timballe, avec Philippe Bordier, rédacteur en chef de Dixhuitinfo, et Geoffrey Bonnefoy, son fidèle second.

Vous venez, Philippe Bordier, de la presse papier. Et vous êtes tout, si je ne m’abuse, sauf un geek. Pourquoi Dixhuitinfo ?

Philippe Bordier : C’est assez simple. Après avoir monté un magazine musical qui a dû fermer boutique pour tout un tas de raisons, je me suis remis à piger pour différents titres. En même temps, ça faisait longtemps que j’avais envie de monter un titre qui ne traiterait que de l’information locale. Je me suis aperçu qu’avec Internet, au départ, ça ne me coûtait rien ou presque de me mettre à écrire sur le quartier.   

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer dans ce projet qui, au départ, était finalement assez artisanal ?

Philippe Bordier : Je suis parti en vacances et, à mon retour, je me suis aperçu qu’il y avait eu des visites sur mon site alors que j’avais cessé de publier. J’ai donc repris mon stylo et j’ai continué, à l’ancienne, comme si je travaillais en PQR en assistant à des conseils de quartier, en allant chercher des infos chez les politiques, en suivant l’actualité, les faits divers.

Quand avez-vous pris conscience qu’il vous fallait penser votre modèle économique ?

Philippe Bordier : Quand je me suis perçu que ça me prenait tout mon temps. Ce n’est pas tout : j’ai commencé à vouloir soigner ma mise en page pour ne rien lâcher en qualité. A un moment donné, il a donc fallu trouver des sous. Je me suis donc lancé en auto-entrepreneur pour commencer à vendre de la publicité sur mon site.

Et vous avez senti que les annonceurs locaux étaient intéressés ?

Philippe Bordier : Oui, enfin, tout est relatif : je n’aimais pas tellement ça. Mais comme j’habite dans le quartier depuis une vingtaine d’années, les copains ont mis un peu d’argent pour m’aider. Mais bon, c’était un début.

A telle enseigne que vous avez commencé à vous faire connaître au-delà des limites de l’arrondissement. D’ailleurs, c’est là, en 2009, Geoffrey Bonnefoy, que vous avez rejoint Dixhuitinfo ?

Geoffrey Bonnefoy : Il y avait tellement peu d’info locale sur le web que je me suis intéressé au travail de Philippe Bordier. Et comme j’ai pas mal travaillé en PQR, dans le cadre de mes études et de mes premières expériences professionnelles, j’ai eu envie de partir sur un projet de pure player local.

Philippe Bordier : Quand il a pris contact avec moi, je pensais déjà à essayer de recruter des journalistes pigistes. Parce que tout seul, ce n’était plus possible.

Vous avez essayé d’associer des contributeurs bénévoles du quartier, également ?   

Philippe Bordier : Oui, ça a été la mode, mais ça ne marche pas vraiment. Il ya pas mal d’édition à faire, et ce n’est pas toujours intéressant. Quoi qu’on en dise, écrire de l’information, c’est un métier.

En tout état de cause, vous aviez besoin d’argent pour que Geoffrey Bonnefoy, pour ne citer que lui, puisse travailler avec vous ?

Philippe Bordier : C’est pour cette raison que nous avons fondé, avec plusieurs associés dont Geoffrey Bonnefoy, une SARL en 2010. Notre objectif était double : pouvoir payer des piges et recruter (à temps partiel) des commerciaux. Au départ, tout ce monde là a travaillé un peu en dilettante, mais nous progressons régulièrement. D’ailleurs, nous allons bientôt avoir une commerciale qui pourra se consacrer à temps plein au développement de nos activités. Mais comme vous pouvez le voir, c’est empirique.

D’ailleurs, Dixhuitinfo, c’est aussi Dixneufinfo, n’est-ce pas ?

Philippe Bordier : Le moteur, ça reste Dixhuitinfos. Mais c’est vrai que début 2010, on avait essayé de travailler avec une équipe, mais elle n’a pas souhaité continuer. Trop de boulot, trop peu d’argent, je crois.  A force de dire que sur le web tout est possible, il y en a qui se trompent. Vous savez, il faut être un peu cinglé pour faire ce métier.

Quant à vous, Geoffrey Bonnefoy, vous avez pu vous aussi vous investir dans Dixhuitinfo. De quelle manière ?

Geoffrey Bonnefoy : Je m’occupe un peu de tout. Mais je travaille plus particulièrement sur tout ce qui concerne les réseaux sociaux. Nous utilisons Facebook (où nous avons 500 amis), Twitter (avec 300 abonnés), et Dailymotion pour les vidéos. J’essaie de chercher de l’information comme ça, aussi. En tout cas, nos articles sont régulièrement commentés, retweetés. Il y a une petite communauté qui nous suit, en somme. 

Vous avez une idée du nombre de visites sur le site ?

Geoffrey Bonnefoy : Selon les outils qu’on utilise, ça varie entre 25 000 et 60 000 visiteurs uniques. Mais ce n’est pas fiable, je pense qu’on est au milieu de cette fourchette.   

Votre méthode de travail ?

Philippe Bordier : A l’ancienne. On regarde ce qui se passe, on observe, et on a quelques indics.

Des projets innovants pour compléter les vieilles recettes ?

Geoffrey Bonnefoy : Oui, nous essayons des petites choses. Je travaille notamment sur un web-reportage local qui devrait sortir la semaine prochaine. Je le développe avec la technologie 3Wdoc. C’est avec ça que le web-documentaire La nuit oubliée a été fabriqué.  

Crédit photo : @zagreusfm (Licence Creative Commons)